Recruter un freelance : les erreurs à ne pas commettre

Recruter un freelance : les erreurs à ne pas commettre

C’est un sujet récurrent ici à Freelance Academy. Comme Etienne aime à le dire de façon plus crue : « être procédurier et pète couille, c’est pas une bonne stratégie pour une SSII ». Au delà du côté provoc’ de la phrase se cache pourtant une réalité bien réelle (alerte pléonasme !).

Cet article est adressé aux intermédiaires et autres SSII pour qu’on puisse réfléchir ensemble à améliorer leurs rapports avec les freelances.

Il est grand temps d’enfoncer une porte ouverte : il y a beaucoup d’offres de postes de dev – plus ou moins intéressantes certes – et il y a peu de développeurs indépendants. Tout le monde le sait dans le milieu. Mais surtout : il y a BEAUCOUP de SSII intermédiaires sur les missions (il parait qu’il faut dire ESN maintenant, mais je ne pense pas que la tactique de changer de nom pour changer d’image fonctionne honnêtement, alors je vais continuer avec SSII qui est mieux compris par tous).

Il m’est arrivé régulièrement d’avoir des SSII qui m’appelaient avec une soi-disant exclusivité extraordinaire à me proposer. Petit soucis : on m’avait déjà proposé la même mission quelques heures plus tôt !

Dans ce contexte, presque tous les développeurs un tant soit peu bien référencés sur internet savent qu’il suffit de refuser une offre pour qu’on la lui re-propose peu après – si ça n’est pas déjà fait. Du coup il leur est facile de passer outre une proposition présentant trop d’inconvénients !

Dans les pratiques à éviter à tout prix car un concurrent sera toujours là pour être mieux-disant à ce sujet :

  • forcer à signer des conditions générales avant même d’avoir présenté le client final et la mission correctement (ça arrive, si si !)
    • je ne vais pas signer quelque chose avant même de savoir si j’ai envie de faire le job !
    • je lis attentivement tout ce que je signe, c’est trop tôt pour me demander d’allouer une heure de mon temps à relire 20 pages de contrat : je ne suis pas encore motivé !
  • demander d’avoir déjà créé sa structure finale à un nouveau freelance alors qu’il n’en a pas encore eu le temps
    • il va trouver une AUTRE mission avant que ça n’arrive
    • rien légalement n’interdit de travailler en toute quiétude avec une société en cours de formation (il y a juste un certain formalisme à respecter sur le contrat, qui doit bien indiquer que la société est en cours de formation et que le contrat est signé en attendant par une personne physique bien identifiée)
  • être trop à cheval sur les procédures internes du type « je ne peux pas vous envoyer de projet de contrat avant d’avoir reçu tel document »
    • il faut savoir être souple partout où c’est possible et faire les choses en parallèle : envoyer un projet de contrat n’engage en rien et je peux le relire pendant que je cherche à obtenir le document manquant
    • je n’ai pas envie de commencer en retard ma mission et que mon image soit dégradée avant même le début à cause de mon intermédiaire : il me ponctionne de l’argent donc il doit me faciliter la vie, pas me la complexifier !
  • me présenter un contrat de droit étranger
    • je ne peux décemment pas maîtriser moi-même tous les tenants et aboutissants du droit français, alors encore moins celui d’un autre pays !
    • en cas de conflit, ça me forcerait à devoir prendre un avocat étranger et à me déplacer dans le-dit pays pour faire valoir mes droits ce qui n’est pas raisonnable en raison du rapport de force entre la SSII et moi
  • etc…

En fait, on peut souvent tout résumer à du bon sens : les gens n’aiment pas perdre du temps inutilement.

Je sais que beaucoup de SSII sont exaspérées du fait que les développeurs  sont des clients compliqués. Mais la vérité c’est que nous sommes sur-sollicités et que même si ça peut paraître idyllique de premier abord, ça apporte son lot de désagréments.

Au fond, ces entreprises regrettent de ne pas avoir sur les développeurs le même rapport de force que dans d’autres professions, notamment celles où elles ont un rapport de force très déséquilibré vis à vis du postulant. En fait, les développeurs se contentent de demander un certain nombre de choses qui pourraient toutes être perçues comme normales dans un monde où règne le plein emploi. Du coup, sont-ils des divas ou demandent-ils juste à être traités dignement ?

Et, au passage, comme je ne souhaite pas véhiculer de clichés, bien que certaines SSII méritent le surnom de « marchands de viande » qu’on leur prête volontiers dans le métier, je tiens cependant à remercier et saluer les nombreux commerciaux de SSII qui prennent le temps de se mettre à notre place et qui luttent parfois au point de démissionner pour faire changer les choses !

Prendre en compte les demandes légitimes des acteurs de la profession et écarter le reste devrait être une démarche normalisée et c’est bien triste que seules quelques SSII aient intégré ces éléments à leur culture d’entreprise.

Pour toutes les SSII qui seraient en recherche d’arguments de vente positifs pour convaincre des freelances, voici une liste de choses qui pourraient leur faire plaisir :

  • paiement à réception de facture par défaut et gratuit (et non pas à 30 ou 45+ jours ou en échange d’un pourcentage de la facture)
  • gestion en interne des documents légaux obligatoires
    • vous achetez vous-même sur Infogreffe nos KBIS tous les 3 mois pour votre dossier si vous le nécessitez et vous nous envoyez une copie au cas où on en aurait besoin (ça vous coûte pas cher et franchement c’est bien vu)
    • vous contactez vous-même mon assureur pour avoir le bout de papier nécessaire si je le retrouve pas ou si celui que j’ai a expiré
    • vous me proposez d’éditer ma facture à ma place, je vous donne juste le numéro de facture à mettre dessus et vous vous en occupez (ça ça doit rester optionnel : beaucoup de freelances souhaitent garder leur indépendance sur le plan de la facturation, mais le proposer sera bien vu) !
    • … et plein d’autres choses encore : je suis sûr qu’il y a moyen d’être très créatif ici pour éviter les interactions administratives sans réelle valeur ajoutée…
  • marge transparente : vous faites apparaître sur contrat votre marge et la garantissez, c’est un gros vecteur de confiance
    • on déteste découvrir que vous facturez 30 % de marge après  avoir négocié notre tarif à la baisse (si vous avez accepté notre tarif initial, on est beaucoup plus tolérants !)
    • il y a TOUJOURS quelqu’un chez le client pour nous dire combien on est acheté (même si votre contrat avec lui l’interdit) donc si on est curieux on finit par le savoir de toutes façons…
  • prendre des nouvelles de temps en temps, et ne pas limiter la relation à simplement la mise en relation initiale.
  • ne pas demander à se déplacer dans vos locaux inutilement pour vous réciter notre CV
    • notre temps est précieux (comme le votre). Si vous nous le faites perdre, on ne va sûrement pas continuer à travailler avec vous !
  • … et tellement plus de choses encore…

Il faut bien comprendre que le rôle d’intermédiaire consiste avant tout à mettre en relation et à fluidifier les échanges et la relation avec les parties. C’est la raison pour laquelle vous prenez souvent un pourcentage sur les missions.

Les points ci-dessus ne sont donc pas des revendications : c’est simplement des suggestions qui peuvent améliorer la valeur perçue de votre travail. Et peut-être que si vous le faisiez vraiment bien, alors les freelances arrêteraient de vous considérer comme des sangsues ! Car pour la plupart d’entre eux, c’est effectivement comme cela qu’ils vous voient : ils ne perçoivent que très peu votre valeur ajoutée, et rien à leurs yeux ne justifie cette ponction parfois très élevée sur leur chiffre d’affaire… C’est bien dommage car ça aboutit souvent à des tensions qui auraient pu être évitées autrement !

Et vous, que pensez-vous du rôle d’intermédiaire des SSII ? Comment pourrait-on améliorer les relations entre intermédiaires et freelances ?

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