Le tarif du freelance

Le tarif du freelance

C’est un dur sujet. J’ai l’habitude de l’aborder avec Etienne par le point de vue du freelance car c’est ce que nous faisons pour notre formation. C’est un vaste sujet qu’il est impossible de traiter correctement dans un post succinct. Cependant, je vais tenter d’exposer notre vision de la tarification dans le but d’aider les départements achats des grandes entreprises à aborder la problématique complexe qu’est le juste prix pour acheter de la prestation de développement.

Je pense que la première erreur qui est souvent commise par un département d’achat, c’est d’oublier que le développement est d’abord une production issue d’une réflexion. Dit autrement : c’est un travail complexe qui peut avoir des niveaux de qualité extrêmement différents.

Pour prendre un exemple, si vous embauchez quelqu’un pour retranscrire à l’écrit des exposés oraux, la différence entre deux profils se fera simplement entre le nombre de mots à la minute qu’ils sont capables de gérer. Entre les moins bons et les meilleurs, vous pouvez vous attendre à une différence de productivité de 10, 20, peut-être même 30%. Mais un monde ne séparera pas les deux profils. Si par contre vous souhaitez embaucher quelqu’un pour rédiger des textes, il en va tout autrement. En plus du temps de production d’un texte, la qualité de ce dernier sera très différente selon la prose, l’humour et l’expressivité de la personne. On peut facilement avoir un texte « dix fois » meilleur en un laps de temps identique venant d’un rédacteur expérimenté et cultivé.

Dans le monde du développement, c’est à peu près la même chose. L’expérience aura un gros impact. Mais attention, l’expérience ne se compte pas en années (c’est un indicateur trompe-l’œil) ! Vous pourriez tomber sur des personnes qui n’ont pas fait grand chose pendant 10 ans et qui seront nulles. Je parle de profils qui se sont challengés pendant des années. Ceux-là auront une valeur ajoutée énorme par rapport au débutant. On peut facilement observer des différences de productivité de 1000% dans le monde du développement informatique (certaines études suggèrent même que ça soit plus dans certains cas). Dit autrement, embaucher un profil très expert à un tarif dix fois plus élevé que celui d’un débutant peut s’avérer être une opération très rentable pour un département achat.

Le faible écart entre les tarifs d’un débutant et d’un expert ne pousse pas les bons profils à changer de poste pour aller vers les entreprises qui ont vraiment besoin de leur expertise. Il n’incite pas non plus à continuer à se challenger. Cela créé automatiquement une morosité sur le marché qui est dommageable à tous. Les entreprises devraient accepter de payer un expert 10 fois plus qu’un freelance débutant. Il est donc – de notre point de vue – anormal que les grandes entreprises ne saisissent pas ces subtilités qui sont pour elles pourtant primordiales.

Bien sûr, rares sont celles qui embauchent des freelances débutant au sens propre. En général, leurs profils les plus débutants sont plutôt des développeurs qui ont leurs bases mais pas plus. On parle donc de profils déjà 2 fois plus productifs qu’un tout-débutant. Un expert peut pourtant être encore 5 fois meilleur que ce profil-type. Sachant que le premier vaut aujourd’hui environ 450 €, l’expert serait théoriquement rentable à 2 250 € / j.

Parce que tout le monde souhaite faire une affaire, ce tarif étant juste ce que vaut l’expert, on peut accepter que l’écart entre un débutant et celui-ci ne soit pas une représentation exacte de la différence de productivité. Et puis rares sont ceux qui peuvent justifier du tarif à plus de 2 000 € / j de toute façon (ils existent cependant). Mais du coup, si les entreprises arrivaient déjà à étaler leurs grilles entre 450 et 2 000 € / j, elles seraient beaucoup plus compétitives sur le marché, auraient plus de facilité à attirer les talents et récompenseraient le travail effectué par les experts à leur juste valeur.

En outre, cela favoriserait probablement l’émergence d’une frange plus importante de développeurs très experts qui pourraient répondre aux besoins spécifiques croissants des entreprises de tous secteurs. Je pense notamment aux secteurs bancaires, des assurances et des médias, qui ont des besoins très importants en ce moment en développement pour apporter des solutions novatrices et capables de leur donner un peu de répondant face à une concurrence toujours plus agressive et une clientèle plus exigeante que jamais.

Mes conseils aux départements des achats sont donc :

  1. Osez payer cher. Sérieusement. Il y a beaucoup plus de demande que d’offre, et les freelances ont énormément de choix (il leur pleut littéralement dessus des missions). Si vous voulez des bons il faut vous donner les moyens de les attirer !
    • Non, votre mission n’est pas forcément la plus intéressante du marché et un développeur préférera systématiquement la meilleure mission même si elle est payée 20 € / j de moins. Vous devez donc absolument vous démarquer niveau tarif : 100 € / j de plus et votre freelance pourra considérer votre mission qui est un peu moins intéressante malgré tout.
    • Non, on ne se bat pas pour mettre le nom de votre entreprise sur notre CV, ça nous (vous ?) plairait mais ce n’est pas un argument pour baisser notre tarif !
  2. Faites confiance à vos équipes techniques pour juger de la valeur d’un freelance
  3. Demandez à vos équipes un retour une quinzaine de jours après le début de mission pour valider l’adéquation du tarif à la productivité de votre freelance
  4. Renégociez le tarif après-coup si ce dernier ne s’avère pas adéquat

J’espère que cet article aura pu vous aider ! N’hésitez-pas à laisser vos remarques en commentaire si vous souhaitez en discuter 🙂

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